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Sybille de Margerie, l'architecte du sur-mesure !

Le Cheval Blanc à Courchevel, c’est elle, Old Cataract à Assouan c’est encore elle, le Mandarin Oriental à Paris et à Genève toujours elle ! Démarche féline, cheveux blonds au vent, silhouette longiligne et regard azur « revolver », Sybille de Margerie, architecte d’intérieur, a l’assurance des femmes à qui tout, ou presque, réussit ! Passionnée par l’architecture depuis son enfance, elle s’exprime à fond dans ce métier qui l’a toujours fascinée - «Ce métier est une passion» avoue t-elle - et lui permet d’exprimer toute sa créativité, mettant à profit ses connaissances et son réseau professionnel. Ayant baigné dans l’univers de l’hôtellerie de luxe avec sa famille (groupe Margerie/Taittinger) depuis son enfance, il était tout naturel pour elle de retourner à ses premières amours : la décoration intérieure. Et surtout d’avoir un regard acéré et juste tout en sachant décrypter les attentes fonctionnelles des clients. Entretien avec Luxe Magazine.
D’où venez-vous, Sybille de Margerie ?

Membre d’une fratrie de 5 frères et sœurs, grâce à ma famille j’ai toujours baigné dans l’hôtellerie de luxe (Crillon, Lutétia à Paris…). Cet univers m’était familier, je m’y frottais au quotidien, et surtout je le voyais des coulisses, c’est–à-dire du côté de l’exploitant. Ce qui me permet aujourd’hui de ne jamais perdre de vue l’aspect fonctionnel.
A mes yeux, le luxe réside dans le confort, dans le souci du détail, dans la fonctionnalité.
D’emblée j’ai toujours souhaité devenir architecte d’intérieur, mais à l’époque mes parents m’expliquaient qu’il n’y avait aucun débouché dans de domaine. Je me suis donc tournée vers le droit des affaires, ce qui me rend service aujourd’hui.
Et ma véritable carrière en tant qu’architecte n’a commencé qu’en 87/88.

Le regard d’un architecte d’intérieur est il différent lorsqu’il émane d’un homme ou d’une femme ?

Disons que notre différence se situe au niveau de notre ego. Nous en avons moins qu’un homme et nous sommes en général plus à l’écoute du lieu, avec peut-être plus de curiosité pour la culture du pays et plus de sensibilité à l’environnement.
La démarche est donc un peu différente. A l’origine, reconnaissons que nous sommes d’emblée des maîtresses de maison, qui avons le sens et le souci du détail, une certaine empathie que nous transposons et traduisons naturellement sur notre chantier.

Quels sont les différents aspects que revêt votre métier ?

Il demande bien entendu de la créativité, un véritable savoir-faire, une expertise dans l’hôtellerie de luxe, une connaissance et une dimension hôtelière en termes d’exploitation avec tout ce que cela comporte (en technique, sécurité, maintenance, technologie). Il faut également posséder un bon relationnel et un excellent réseau professionnel, qui vous garantit le succès de vos projets dans l’exécution.
C’est au départ un métier de détails, qui demande rigueur, exigence, et qui est très complexe.

Pour quelles raisons ce métier représente t-il une passion à vos yeux ?

Il permet de ne jamais faire deux fois la même chose, et moi qui ne suis pas routinière, cela me correspond tout à fait. J’ai horreur de dupliquer mes créations, c’est donc une véritable gymnastique intellectuelle, et un vrai challenge. Je m’épanouis donc dans les contraintes et je me dépasse.
Ce que j’aime surtout, c’est cette notion d’hôtel très particulier.
Je pars des quatre murs et la première phase, celle que je préfère, concerne le travail de l’espace : comment faire vivre les volumes, comment se les approprier, car la volumétrie est fondamentale.

Dans quoi vous faites-vous le plus plaisir ?

J’aime le regard que je peux apporter face à un projet hôtelier, un regard entre maison privée et hôtel particulier. J’aime cette notion d’hôtellerie confidentielle, qui me permet de m’extraire des grands groupes et d’apporter une touche intime, une créativité encore plus poussée, grâce à cette demande de demeures plus secrètes.

La concurrence étant de plus en plus présente dans votre secteur d’activité, quelle différence apportez-vous face à celle-ci ?

Ma démarche est celle du sur-mesure et je dirais même plus, de la Haute Couture. J’ai la chance de travailler avec des clients qui me donnent carte blanche, ce qui m’apporte une liberté totale pour concevoir un lieu inédit, approprié à son environnement et sa culture, tout en marquant sa différence vis-à-vis des autres hôteliers.
Je me mets ainsi au service d’une marque, sans mettre mon nom en avant.

De quelle façon nourrissez-vous votre créativité ?

J’ai une curiosité intellectuelle que je sollicite, ensuite j’aime les voyages, le savoir-faire local.  Il est important pour moi de m’imprégner de la culture du pays.
Pour chaque projet, je pars quelques jours auparavant pour visiter les ateliers, rencontrer les artisans et comprendre leurs idées et leur savoir–faire. Je réunis toutes les émotions, je vis les sensibilités du lieu avant de m’attaquer au projet proprement dit.
Par exemple, pour le Cheval Blanc, j’avais une idée très précise. Je souhaitais créer un hôtel ancré dans une certaine modernité, mais de manière chaleureuse et contemporaine. Ce qui n’existait pas à Courchevel.
J’ai eu la chance que Monsieur et Madame Arnault me suivent dans mon idée.

Comment avez-vous réagi à la suite de la vente du patrimoine hôtelier de votre famille (Crillon, Lutétia…) ?

Il faut savoir tourner la page et regarder l’avenir. J’ai bien entendu été très attachée à ces hôtels qui représentent une partie de mon enfance, mais il faut savoir s’en détacher.
J’aime toujours Le Lutétia, qui est riche de créativité, d’histoire et garde son aura. Un jour, j’aimerais bien pouvoir lui apporter ma touche.
Je sais me battre, je suis une lionne, mais j’ai un côté fataliste, les choses arrivent quand et si elles doivent arriver. Nous verrons bien (sourire) !
Le fait de ne pas travailler dans les hôtels de famille m’a aussi permis de m’exprimer dans d’autres groupes. Cela m’a rendu service dans mon parcours professionnel. Ainsi, ma notoriété s’est faite de bouche à oreille et non par celle de ma famille. Avant, les personnes associaient ma réussite au prestige et au nom que je portais. Maintenant j’ai pu prouver que ma réussite, je la dois uniquement à moi-même et à mes réalisations.

Quelle est votre définition du luxe ?

Le temps tout d’abord. Ensuite, ce que l’on peut apporter à un lieu, en apportant une attention aux détails, une différence fondamentale qui va permettre au client de gagner du temps.
C’est cela aussi le luxe dans l’hôtellerie.

Votre comble du luxe ?

Avoir un avion privé et un chauffeur pour les déplacements. Cela serait un gain de temps fort appréciable.

Et le luxe dont vous ne sauriez vous passez ?

D’exercer le métier que je fais. J’ai la chance de travailler dans un domaine où je côtoie l’excellence et le beau. J’ai accès à un luxe et à des choses exceptionnelles, ce en quoi je me sens privilégiée, sans pour autant perdre de vue mes fondamentaux.
Car j’aime également le brut, l’authentique, le sauvage, la campagne, et je profite de ces moments, qui sont des respirations, des parenthèses de vie.

Octobre 2010
Par Katya PELLEGRINO
Sybille de Margerie Design
www.smdesign.fr/