Trois siècles de mode masculine : Une exposition-miroir au Musée de la Mode
Visiter l'exposition "L'Homme paré" présentée au Musée de la mode et du textile de Paris permet de prendre conscience que les hommes aussi, et peut-être encore plus que les femmes, sont sensibles au paraître.
Jean-Paul Leclerc, commissaire de l'exposition avec Paméla Gobelin, reprend malicieusement l'exemple du paon pour interroger : "Et si le goût de la parure que l'on interprête aujourd'hui comme relevant de la part féminine de l'homme, n'était finalement qu'un attribut mâle à reconquérir, indûment accaparé par la femme occidentale depuis deux cents ans ?"
Si cette exposition se limite à la parure du mâle humain, elle suscite cependant, et c'est l'un de ses mérites, une réflexion plus poussée : Mais pourquoi l'Homme, des deux sexes, se pare-t-il ?
Jean-Paul Leclerc, commissaire de l'exposition avec Paméla Gobelin, reprend malicieusement l'exemple du paon pour interroger : "Et si le goût de la parure que l'on interprête aujourd'hui comme relevant de la part féminine de l'homme, n'était finalement qu'un attribut mâle à reconquérir, indûment accaparé par la femme occidentale depuis deux cents ans ?"
Si cette exposition se limite à la parure du mâle humain, elle suscite cependant, et c'est l'un de ses mérites, une réflexion plus poussée : Mais pourquoi l'Homme, des deux sexes, se pare-t-il ?
L'ornement, au masculin, depuis le règne de Louis XIV
Galants, brandebourgs, manches en sabot ou froncées, cravates, collets et autres ganses... Du règne du Roi-Soleil à aujourd'hui, 300 costumes et accessoires illustrent dans cette exposition le vestiaire de "l'homme paré".
Trois cents costumes et accessoires accompagnés de documents graphiques et d'albums d'échantillons provenant des collections du musée ou de prêteurs institutionnels et privés, français et étrangers, rassemblent et mettent en perspective les fluctuations de l'ornement au masculin depuis le règne de Louis XIV.
Pourpoint, habits à la française, livrées et uniformes figurent parmi les témoins de trois siècles de métamorphoses montrés ici dans toute leur richesse en regard des créations les plus récentes.
L'homme écartelé
Selon les commissaires de l'exposition, en ce début de XXIème siècle, l'homme est écartelé, pris entre deux tendances.
Jean-Paul Leclerq tient à souligner, pour introduire les évolutions les plus contemporaines, qu'après le lent mais réel rapprochement des rôles de l'homme et de la femme au XXème siècle, "l'homme est invité à ne plus s'alarmer de se découvrir une part féminine", tandis que Pamela Golbin dans sa présentation intitulée "Mr. Paon" insiste au contraire sur l'affirmation d'une virilité assumée : "De l'homme sujet à l'homme objet, la gent masculine semble s'être enfin débarrassée du tabou de la sexualité et de sa représentation. Le corps masculin n'a jamais été aussi montré, dénudé, exhibé avec autant de fierté."
Les deux commissaires vont, l'un et l'autre, un peu vite en besogne car, que l'on sache, les grands de ce monde ne paraissent pas encore habillés des tenues de Jean-Paul Gaultier ou John Galliano, ici présentées, ou en rappeurs dépoitraillés...
La mode est, aussi, une affaire de pouvoir...
Car c'est bien eux qui en définitive font la mode et arbitrent les élégances. Les dandys et les "créateurs" innovent et inventent, mais la masse suit ses "leaders". Qui décident.
Le pouvoir a en effet plus que son mot à dire en matière de mode et c'est cet aspect que met en évidence finalement cette très utile exposition.
Si les puissants du jour ne portent plus perruque ni ne sont parés de canons de dentelles comme l'était Louis XIV, on ne force pas son temps : Le ministre socialiste Jack Lang peut en témoigner qui fut conspué pour entrer dans l'hémicycle sans une cravate !
A l'aube de la Renaissance, la chasuble, l'armure, la robe étaient les insignes vestimentaires des trois pouvoirs prééminents issus de la société médiévale divisée en trois ordres : le Clergé, la Noblesse et le Tiers Etat. Les deux premières ont disparu, mais la robe, très présente dans l'exposition, est encore là...
La robe contre la jupe
Jean-Paul Leclercq souligne que cette parure, "emblématique de la justice royale, confiée à des gens de savoir, a survécu à la mode courte apparue au XIVe siècle. Elle est restée tenue des clercs, des médecins aux théologiens. Quand la robe est insigne de pouvoir, c'est un homme qui la porte. Elle contribue de la sorte à en asseoir l'autorité."
A ne pas confondre avec sarreaux, tabliers, et blouses qui protégent ou uniformisent et soutanes, voiles et autres hidjabs qui cachent et signifient, quels que soient les âges et les sexes : La robe est de fait encore sur les épaules des avocats, des maîtres de l'Université et des magistrats, souvent ornée d'une hermine pourtant hors d'âge mais très symbolique du pouvoir.
Le sociologue Pierre Bourdieu avait sans doute oublié la tenue des légionnaires de Rome et les kilts des non moins virils rugbymen écossais quand dans "La Domination masculine" il déclarait : "C'est très difficile de se comporter correctement quand on a une jupe.(...) corset invisible, qui impose une tenue et une retenue, une manière de s'asseoir, de marcher."
Ce n'est assurément pas l'avis des couturiers modernes les plus recherchés qui ont toujours au moins une robe pour homme à présenter... dans leur garde-robe
Se montrer et montrer
Reste que si Monsieur Paon veut être beau et se montrer, il veut aussi et surtout montrer.
Le vêtement a un sens : il n'est jamais seulement utilitaire il est aussi symbolique. Monsieur Jourdain avait bien cru le comprendre sous sa surabondance de rubans et autres fanfreluches qui, pensait-il, faisaient de lui un gentilhomme .
Sous la Révolution la culotte est tombée et porter des talons rouges, insignes de la noblesse, pouvaient faire perdre la tête... définitivement. Tout est signe autant que parure. Cette exposition-miroir fait donc réfléxion en prenant le temps long des historiens pour nous aider à mieux nous voir.
Après des lustres de paix Monsieur Paon veut refaire la roue
Il apparaît que depuis plus d'un siècle la grisaille et l'uniformité l'ont emporté, chez les hommes. Les costumes aux tons neutres recouvrent tout car il ne faut pas briller. Soutanes et robes d'avocat, encore actuelles, sont d'ailleurs des insignes qui en cachent d'autres comme l'uniforme, dont on reparle pour les écoliers, ou le voile islamique...
Les uniformes chamarrés qui de Fontenoy à Austerlitz faisaient la gloire des paons de guerre ont sombré dans les tranchées de Verdun. Même le pantalon garance, couleur du sang, a cédé la place à la tenue bleu horizon, pour sortir des tranchées, puis, devant la force brutale des mitrailleuses, à celle de la terre, kaki ou réséda, et bientôt à la tenue "camouflée". Il était devenu mortellement dangereux d'être beau.
Le civil a suivi le militaire dans la discrétion jusqu'à nos jours, et trop longtemps sans doute car on ressent actuellement une lassitude très nettement exprimée de la grisaille et de l'uniformité : Après des lustres de paix Monsieur Paon veut refaire la roue. Il ne se contente plus de mettre de la couleur sur une pochette ou une cravate, rejetée d'ailleurs comme un symbole de servitude !
L'avènement annoncé du "métrosexuel"
Dans "Le chic et le look" son livre consacré à l'histoire de la mode féminine et des mœurs de 1850 à nos jours, Marylène Delbourg-Delphis montre bien comment de tout temps le look marginal et provocateur s'est opposé au chic sage et classique.
Après une longue période dominée par la monotonie du complet-veston, qui a pris son essor sous le Second Empire comme tenue négligée, les créateurs de mode ont tenté, à partir des années 1960, de renouer avec une tradition fastueuse héritée de l'Ancien Régime et du siècle du dandysme.
Initié par le renouveau stylistique de la génération de Pierre Cardin et André Courrèges, le goût de la parure s'est, depuis, libéré avec les créateurs et couturiers tels que Thierry Mugler, Jean-Paul Gaultier, Walter Van Beirendonck, Bernhard Willhelm ou John Galliano.
C'est l'avènement de l'homme "métrosexuel", détecté dès 1994 par le journaliste anglais Mark Simpson. Le "métrosexuel", précise Paméla Gobelin, "se présente comme le nouveau messager du dualisme masculin-féminin. Urbain, vivant au coeur de la "métropole", il possède un sens esthétique raffiné, dépense de l'argent pour son apparence tout en gardant intactes sa virilité et sa volonté de puissance."
L'avenir de l'homme sera-t-il "métrosexuel"?
Galants, brandebourgs, manches en sabot ou froncées, cravates, collets et autres ganses... Du règne du Roi-Soleil à aujourd'hui, 300 costumes et accessoires illustrent dans cette exposition le vestiaire de "l'homme paré".
Trois cents costumes et accessoires accompagnés de documents graphiques et d'albums d'échantillons provenant des collections du musée ou de prêteurs institutionnels et privés, français et étrangers, rassemblent et mettent en perspective les fluctuations de l'ornement au masculin depuis le règne de Louis XIV.
Pourpoint, habits à la française, livrées et uniformes figurent parmi les témoins de trois siècles de métamorphoses montrés ici dans toute leur richesse en regard des créations les plus récentes.
L'homme écartelé
Selon les commissaires de l'exposition, en ce début de XXIème siècle, l'homme est écartelé, pris entre deux tendances.
Jean-Paul Leclerq tient à souligner, pour introduire les évolutions les plus contemporaines, qu'après le lent mais réel rapprochement des rôles de l'homme et de la femme au XXème siècle, "l'homme est invité à ne plus s'alarmer de se découvrir une part féminine", tandis que Pamela Golbin dans sa présentation intitulée "Mr. Paon" insiste au contraire sur l'affirmation d'une virilité assumée : "De l'homme sujet à l'homme objet, la gent masculine semble s'être enfin débarrassée du tabou de la sexualité et de sa représentation. Le corps masculin n'a jamais été aussi montré, dénudé, exhibé avec autant de fierté."
Les deux commissaires vont, l'un et l'autre, un peu vite en besogne car, que l'on sache, les grands de ce monde ne paraissent pas encore habillés des tenues de Jean-Paul Gaultier ou John Galliano, ici présentées, ou en rappeurs dépoitraillés...
La mode est, aussi, une affaire de pouvoir...
Car c'est bien eux qui en définitive font la mode et arbitrent les élégances. Les dandys et les "créateurs" innovent et inventent, mais la masse suit ses "leaders". Qui décident.
Le pouvoir a en effet plus que son mot à dire en matière de mode et c'est cet aspect que met en évidence finalement cette très utile exposition.
Si les puissants du jour ne portent plus perruque ni ne sont parés de canons de dentelles comme l'était Louis XIV, on ne force pas son temps : Le ministre socialiste Jack Lang peut en témoigner qui fut conspué pour entrer dans l'hémicycle sans une cravate !
A l'aube de la Renaissance, la chasuble, l'armure, la robe étaient les insignes vestimentaires des trois pouvoirs prééminents issus de la société médiévale divisée en trois ordres : le Clergé, la Noblesse et le Tiers Etat. Les deux premières ont disparu, mais la robe, très présente dans l'exposition, est encore là...
La robe contre la jupe
Jean-Paul Leclercq souligne que cette parure, "emblématique de la justice royale, confiée à des gens de savoir, a survécu à la mode courte apparue au XIVe siècle. Elle est restée tenue des clercs, des médecins aux théologiens. Quand la robe est insigne de pouvoir, c'est un homme qui la porte. Elle contribue de la sorte à en asseoir l'autorité."
A ne pas confondre avec sarreaux, tabliers, et blouses qui protégent ou uniformisent et soutanes, voiles et autres hidjabs qui cachent et signifient, quels que soient les âges et les sexes : La robe est de fait encore sur les épaules des avocats, des maîtres de l'Université et des magistrats, souvent ornée d'une hermine pourtant hors d'âge mais très symbolique du pouvoir.
Le sociologue Pierre Bourdieu avait sans doute oublié la tenue des légionnaires de Rome et les kilts des non moins virils rugbymen écossais quand dans "La Domination masculine" il déclarait : "C'est très difficile de se comporter correctement quand on a une jupe.(...) corset invisible, qui impose une tenue et une retenue, une manière de s'asseoir, de marcher."
Ce n'est assurément pas l'avis des couturiers modernes les plus recherchés qui ont toujours au moins une robe pour homme à présenter... dans leur garde-robe
Se montrer et montrer
Reste que si Monsieur Paon veut être beau et se montrer, il veut aussi et surtout montrer.
Le vêtement a un sens : il n'est jamais seulement utilitaire il est aussi symbolique. Monsieur Jourdain avait bien cru le comprendre sous sa surabondance de rubans et autres fanfreluches qui, pensait-il, faisaient de lui un gentilhomme .
Sous la Révolution la culotte est tombée et porter des talons rouges, insignes de la noblesse, pouvaient faire perdre la tête... définitivement. Tout est signe autant que parure. Cette exposition-miroir fait donc réfléxion en prenant le temps long des historiens pour nous aider à mieux nous voir.
Après des lustres de paix Monsieur Paon veut refaire la roue
Il apparaît que depuis plus d'un siècle la grisaille et l'uniformité l'ont emporté, chez les hommes. Les costumes aux tons neutres recouvrent tout car il ne faut pas briller. Soutanes et robes d'avocat, encore actuelles, sont d'ailleurs des insignes qui en cachent d'autres comme l'uniforme, dont on reparle pour les écoliers, ou le voile islamique...
Les uniformes chamarrés qui de Fontenoy à Austerlitz faisaient la gloire des paons de guerre ont sombré dans les tranchées de Verdun. Même le pantalon garance, couleur du sang, a cédé la place à la tenue bleu horizon, pour sortir des tranchées, puis, devant la force brutale des mitrailleuses, à celle de la terre, kaki ou réséda, et bientôt à la tenue "camouflée". Il était devenu mortellement dangereux d'être beau.
Le civil a suivi le militaire dans la discrétion jusqu'à nos jours, et trop longtemps sans doute car on ressent actuellement une lassitude très nettement exprimée de la grisaille et de l'uniformité : Après des lustres de paix Monsieur Paon veut refaire la roue. Il ne se contente plus de mettre de la couleur sur une pochette ou une cravate, rejetée d'ailleurs comme un symbole de servitude !
L'avènement annoncé du "métrosexuel"
Dans "Le chic et le look" son livre consacré à l'histoire de la mode féminine et des mœurs de 1850 à nos jours, Marylène Delbourg-Delphis montre bien comment de tout temps le look marginal et provocateur s'est opposé au chic sage et classique.
Après une longue période dominée par la monotonie du complet-veston, qui a pris son essor sous le Second Empire comme tenue négligée, les créateurs de mode ont tenté, à partir des années 1960, de renouer avec une tradition fastueuse héritée de l'Ancien Régime et du siècle du dandysme.
Initié par le renouveau stylistique de la génération de Pierre Cardin et André Courrèges, le goût de la parure s'est, depuis, libéré avec les créateurs et couturiers tels que Thierry Mugler, Jean-Paul Gaultier, Walter Van Beirendonck, Bernhard Willhelm ou John Galliano.
C'est l'avènement de l'homme "métrosexuel", détecté dès 1994 par le journaliste anglais Mark Simpson. Le "métrosexuel", précise Paméla Gobelin, "se présente comme le nouveau messager du dualisme masculin-féminin. Urbain, vivant au coeur de la "métropole", il possède un sens esthétique raffiné, dépense de l'argent pour son apparence tout en gardant intactes sa virilité et sa volonté de puissance."
L'avenir de l'homme sera-t-il "métrosexuel"?
Novembre 2005




