Giacometti et Olivia Rosenthal : une humanité fragile sort du bois

Du 11 novembre 2026 au 21 février 2027, l’Institut Giacometti confie son œuvre au regard d’Olivia Rosenthal. Avec Sortir du bois, une cinquantaine de sculptures et de dessins deviennent les fragments d’un même peuple, entre solitude, fragilité et instinct de faire société.

Giacometti, ou l’apparition d’un peuple

Des figures solitaires réunies en communauté

Alberto Giacometti, groupe de fines figures féminines en bronze sur un socle, Femmes de Venise.
Les Femmes de Venise d’Alberto Giacometti rassemblent des silhouettes longilignes et fragiles, qui deviennent dans Sortir du bois les membres silencieux d’une même communauté humaine. - © Institut Giacometti

Fines, étirées, parfois presque minuscules, les silhouettes d’Alberto Giacometti semblent toujours surgir à la lisière de quelque chose. Olivia Rosenthal choisit de les regarder non plus comme des présences isolées, mais comme les membres d’un même groupe.
Invitée dans le cadre des dialogues organisés par l’Institut Giacometti avec des artistes contemporains, l’écrivaine, dramaturge et performeuse s’empare ici de la question de l’échelle. Une large plateforme accueille une cinquantaine de sculptures de dimensions très différentes, réunies comme les membres d’une société parallèle.
Une foule, donc. Mais une foule à la Giacometti : silencieuse, longiligne et assez peu portée sur les bains de foule.

Sortir du bois, ou quand l’homme devient forêt

Des Grisons à l’humanité collective

Sculpture de femme voilée derrière une table, avec tête et bras stylisés, par Alberto Giacometti.
Cette figure sculptée d’Alberto Giacometti rejoint le peuple de formes, de corps et de présences réuni par Olivia Rosenthal pour Sortir du bois, à l’Institut Giacometti. - © Institut Giacometti

Le titre prend tout son sens lorsque l’on revient aux Grisons, région d’origine à laquelle Giacometti était profondément attaché. Il voyait dans les hauts troncs des forêts suisses un équivalent de la silhouette humaine. Olivia Rosenthal prolonge cette intuition et fait de la forêt un espace originel, presque mental, où se joue le destin collectif d’une humanité fragile.
L’exposition rassemble principalement des sculptures et dessins des années 1950 et 1960. Homme qui marche II, Grande femme IV et les Femmes de Venise deviennent ainsi les figures d’un même défilé humain.
Cette tension entre matière, présence et perception rejoint d’autres expositions récemment explorées par Luxe Magazine, notamment Daniel Brush à l’École des Arts Joailliers, où sculpture, lumière et matière entrent elles aussi en dialogue. L’article est bien daté de juin 2026.

Une exposition qui se regarde autant qu’elle s’écoute

Quand le texte quitte le livre

Alberto Giacometti, Études d’homme qui marche, femmes debout sur socle, bustes d’homme de face et de profil, vers 1959, dessin au stylo-bille sur papier.
Dans ces études de la fin des années 1950, Giacometti fait apparaître silhouettes debout et têtes esquissées. Réunies dans le Cabinet d’art graphique, ces figures participent au « nuage » de regards imaginé pour l’exposition Sortir du bois. © Succession Alberto Giacometti / ADAGP, Paris 2026. - © Institut Giacometti

Olivia Rosenthal ne se contente pas de déplacer les œuvres. Elle fait entrer les mots dans l’espace.
Une création sonore d’Eryck Abecassis accompagne le parcours, tandis que textes et images sont projetés sur les cimaises. Le texte de Rosenthal, intégré à la composition sonore, circule dans les salles et transforme la visite en expérience multisensorielle.
Le titre Sortir du bois vient d’ailleurs du texte inédit qu’elle signe pour le catalogue de l’exposition.

Un nuage de regards

La foule silencieuse du Cabinet d’art graphique

Le Cabinet d’art graphique resserre encore le dispositif.
Des dessins au stylo-bille, principalement des têtes, y sont regroupés dans un accrochage dense. Leurs yeux semblent fixer le visiteur autant qu’ils se répondent entre eux.
Souvent dessinées de mémoire, ces figures disent à la fois la répétition inhérente au travail de Giacometti et son attention obstinée au réel. Réunies ainsi, elles cessent d’être de simples études pour devenir une foule virtuelle.
Cette manière de penser l’espace comme partie prenante de l’œuvre trouve un écho dans l’architecture sculpturale de Frank Gehry pour la Fondation Louis Vuitton, où volumes, lumière et parcours du visiteur participent eux aussi pleinement à l’expérience. L’article Luxe Magazine est daté de juillet 2026.

Être seul, mais jamais tout à fait

La question du collectif au cœur du parcours

C’est là que Sortir du bois trouve sans doute sa force.
Les silhouettes de Giacometti restent immédiatement reconnaissables, mais leur proximité change notre manière de les regarder. Chacune conserve sa singularité tout en devenant indissociable de celles qui l’entourent.
L’exposition finit ainsi par poser une question simple, presque vertigineuse : pouvons-nous vraiment exister sans le groupe ?

Fiche pratique

Adresse
Institut Giacometti, 5 rue Victor-Schœlcher, 75014 Paris.

Accès
Métro Raspail ou Denfert-Rochereau.

Horaires
Du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h.

Tarif
9 € plein tarif.

Réservation
Billetterie sur le site officiel de la Fondation Giacometti.

Bon à savoir
Exposition Alberto Giacometti / Olivia Rosenthal – Sortir du bois, du 11 novembre 2026 au 21 février 2027.
Octobre 2026
Par Katya PELLEGRINO