Jeu de Paume 2027 : les six expositions qui feront l'événement à Paris
À l'heure où la photographie célèbre son bicentenaire en France, le Jeu de Paume déploie une programmation d'une remarquable cohérence. Des rues vibrantes du New York de William Klein aux regards engagés de Stanley Greene, en passant par les recherches plastiques de Jonathas de Andrade ou de Laura Huertas Millan, cette saison 2027 explore les multiples façons dont les images racontent notre monde, notre mémoire et nos sociétés.
William Klein, retrouver l'énergie brute du New York des années 1950
Une scène de rue new-yorkaise qui incarne l’énergie brute et le regard direct de William Klein. - © Jeu de Paume
William Klein n'a jamais photographié New York comme une simple métropole. Il en saisit le tumulte, les foules, les regards et l'électricité permanente avec une liberté qui révolutionnera durablement la photographie de rue. Cette exposition revient sur les images réalisées entre 1954 et 1955, période fondatrice où son regard s'affirme avec une modernité saisissante. Elle permet aussi de mesurer combien cette œuvre continue d'influencer plusieurs générations de photographes et d'artistes visuels. Dans cette continuité, le Jeu de Paume prolonge son dialogue avec les grands maîtres de l'image, comme il l'avait déjà fait avec la rétrospective Julia Margaret Cameron au Jeu de Paume, consacrée à une autre figure incontournable de l'histoire de la photographie.
Jonathas de Andrade, décrypter les images qui façonnent nos sociétés
Une image qui évoque le rapport du corps, de la nature et des récits sociaux dans l’œuvre de Jonathas de Andrade. - © Jeu de Paume
Le travail de Jonathas de Andrade échappe aux classifications. Entre photographie, vidéo, installation et collecte d'archives, l'artiste brésilien compose des récits où l'histoire intime rejoint les fractures sociales de son pays. Au Jeu de Paume, son univers déconstruit avec subtilité les représentations liées au corps, au métissage, aux rapports de domination ou encore aux héritages coloniaux. Ses œuvres interrogent moins ce que l'on regarde que la manière dont notre regard s'est lui-même construit. L'exposition révèle une pratique profondément humaniste où chaque image ouvre un espace de réflexion plutôt qu'elle n'impose une réponse.
Stanley Greene, le regard d'un photographe engagé au cœur des conflits
Une image forte et silencieuse qui reflète la proximité humaine et la tension documentaire au cœur du travail de Stanley Greene. - © Jeu de Paume
Chez Stanley Greene, la photographie ne cherche jamais le spectaculaire. Elle accompagne les femmes et les hommes confrontés à la guerre, aux injustices ou à l'exil avec une proximité qui confère à chacune de ses images une rare intensité. Cette première grande rétrospective organisée depuis sa disparition retrace le parcours d'un photoreporter qui fit de l'engagement une véritable ligne de vie. Son œuvre rappelle avec force que certaines photographies ne documentent pas seulement l'Histoire : elles contribuent à l'écrire. Une exposition qui dépasse largement le reportage pour interroger notre propre regard sur les crises contemporaines.
Laura Huertas Millan, les mémoires invisibles au cœur de la création contemporaine
Une image qui évoque les mémoires invisibles, les savoirs transmis et les récits andins au cœur du travail de Laura Huertas Millan. - © Jeu de Paume
À travers le film, la photographie et l'installation, Laura Huertas Millan s'intéresse à celles et ceux que l'Histoire officielle laisse souvent dans l'ombre. Son exposition prend pour point de départ la feuille de coca, non comme symbole réducteur du narcotrafic, mais comme plante sacrée, remède, monnaie d'échange et élément fondateur de nombreuses cultures andines. En redonnant toute sa complexité à ce sujet, l'artiste interroge les mécanismes de domination culturelle et la manière dont certains récits ont façonné notre perception du monde. Une proposition exigeante où chaque œuvre invite à dépasser les idées reçues pour mieux comprendre les héritages politiques et sociaux qui traversent encore notre époque.
J. D. 'Okhai Ojeikere, l'élégance des coiffures comme patrimoine culturel
Une coiffure transformée en patrimoine visuel, emblématique du travail de J. D. ’Okhai Ojeikere. - © Jeu de Paume
Photographe majeur de la scène africaine, J. D. 'Okhai Ojeikere a consacré une grande partie de sa vie à documenter l'évolution de la société nigériane. Son immense série Hairstyles révèle un patrimoine aussi spectaculaire que méconnu, où chaque coiffure devient l'expression d'une identité, d'une tradition ou d'un savoir-faire transmis entre générations. Loin de la simple démarche documentaire, son œuvre transforme ces créations capillaires en véritables sculptures vivantes, célébrant la richesse culturelle d'un pays en pleine mutation. Avec près de 170 tirages d'époque, cette exposition offre un regard rare sur l'une des œuvres photographiques les plus singulières du XXᵉ siècle.
Pictures Generation et No Wave, quand New York inventait une nouvelle culture visuelle
Une image emblématique de l’effervescence visuelle new-yorkaise, entre détournement des signes populaires et énergie de la Pictures Generation. - © Jeu de Paume
À la fin des années 1970, New York devient un formidable laboratoire où artistes, photographes, cinéastes et musiciens réinventent les codes de la création. La Pictures Generation et le mouvement No Wave puisent dans la publicité, le cinéma, la télévision ou la presse populaire pour détourner les images, les déconstruire et leur donner un nouveau sens. Cette exposition montre combien cette révolution artistique continue d'influencer la photographie, la vidéo, le cinéma et l'art contemporain plus de quarante ans après son apparition. En réunissant ces deux scènes emblématiques, le Jeu de Paume rappelle que certaines expérimentations n'ont jamais cessé d'alimenter notre culture visuelle actuelle.
Juillet 2026
Par Lilo v. HOEPFNER
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