D’évidence, le
luxe c’est le rare. Ce qui ne se donne qu’aux clairvoyants, et qui le plus souvent n’entretient aucun rapport avec l’argent. Des exemples ? Moi qui suis amateur de
livres et de
voyages, je songe à deux expériences faciles à mener et à partager. Quant à la
littérature, je tiens que la plus luxueuse collection qui soit ne propose ni livres reliés et numérotés, aucun papier de prix, aucune illustration d’artiste.
C’est une collection de poche, « Poésie » de Gallimard, cinq cents numéros à peu près, qui rassemble peu ou prou tout ce qui s’est écrit en matière poétique depuis le siècle de Périclès jusqu’à nos jours, sous toutes les latitudes.
Petits volumes à couverture banche, typographie très «
graphique », papier très blanc : d’
Apollinaire Ã
Yourcenar, ces livres à moins de dix euros vous offrent un monde, antique, classique ou contemporain, tout d’élégance et de confidence.
Pour le voyage, je m’enchante du dernier métro, cher à François Truffaut. Je suis très sensible à ce parcours vers une heure du matin, quand il s’agit d’enfiler en ultime rasade toutes les stations d’une ligne parcourue d’un bout à l’autre. Que faisons-nous tous au cœur de cette micro expérience finale, que nous soyions joyeux ou perplexes, emplis d’espoir ou de desespérance ? Un agrégat de la condition humaine, selon toutes ses facettes, et ses acceptions. On y voit tout et le contraire de tout, le rien. Il s’agit bel et bien d’un voyage dans ce que le mot recouvre de meilleur : l’envie, le besoin même d’autre chose, visages et paysages. Surtout, être ailleurs, ne plus être là . Car le but du voyage, c’est le voyage. Et atteindre ce but, en l’espèce facilement, c’est bel et bien, pour chacun, s’adonner au luxe