Il est de ces musées dont on ressort un peu différent de ce qu'on était en y entrant. Le Musée des Arts Décoratifs est de ceux-là. Aujourd'hui, on y découvre une figure marquante de la haute-couture de l'entre-deux-guerres : Madeleine Vionnet, personnalité attachante autant qu'édifiante.
Scandale dans la haute-couture du début du XXème siècle
En proposant aux mannequins de marcher pieds-nus, vêtues de robes souples qu’elles portent à même le corps sans s’appuyer sur l’incontournable carcan de rigueur qu’est alors le corset, Madeleine Vionnet fait scandale dans la maison de couture qui l'emploie au début du XXème siècle. Qu'à cela ne tienne, elle crée sa propre maison, au 222 rue de Rivoli. Fermée en 1914 pour cause de Grande Guerre, elle rouvrira en 1918 et imposera immédiatement sa modernité. C'est le succès. Déménageant alors Avenue Montaigne, elle confie au décorateur Georges de Feure l’aménagement de ses salons dans le style Art déco : le lieu devient un véritable temple international de la mode.
Une femme engagée et avant-gardiste
Mais le génie avant-gardiste de Madeleine Vionnet ne se limite pas au domaine vestimentaire. Femme engagée, elle dirige sa maison de couture comme une entreprise moderne, marquée par un esprit social peu courant pour l’époque. Soucieuse du bien-être de ses employées, elle met à leur disposition des services sanitaires et sociaux qui feraient, aujourd'hui encore, bien des envieuses, jugez plutôt : cantine, cabinet médical et dentaire gratuits pour le personnel et leur famille, ainsi qu’une crèche. Enfin, elle accorde des congés payés et des congés de maternité plus avantageux que ne l’imposent les lois sociales de l’époque.
Une visionnaire consciente de l'intérêt collectif
En visionnaire éclairée, Madeleine Vionnet soutient l’Association contre la copie qui défend les intérêts de toute l’industrie de la Haute Couture en s’opposant à la contrefaçon. On ne parle pas encore à l'époque de mondialisation et de textile chinois ! 1939 : c'est une nouvelle guerre qui éclate. Madeleine, alors âgée de 63 ans, ferme sa maison de couture. En 1952, consciente de ce que la conservation de son patrimoine relève de l’intérêt collectif, elle fait une donation exceptionnelle à l’Union Française des Arts du Costume : pas moins de 122 robes, 750 toiles patrons, 75 albums photographiques de copyrights, des livres de comptes et des ouvrages issus de sa bibliothèque personnelle ! Ce fonds est désormais conservé par les Arts Décoratifs. L'occasion d'une rencontre inhabituelle, qui suscite mémoire et respect.