Sans doute l'une des adresses du moment les plus en vogue à Rome. L'hôtel Aleph vous accueille pour un séjour baroque et intrigant entre deux concepts, l'enfer et le paradis, mais à l'envers!
L'Aleph s'inspire de la divine comédie
Rome possède enfin un hôtel à son image : l'
Aleph. Situé en plein cœur de la ville, à deux pas de la
via Venetto, cet établissement est l'un des fleurons du groupe hôtelier
Boscolo. Ouvert en 2003, il a été entièrement conçu et aménagé par l'architecte et designer
Adam D. Tihany, à l'origine du restyling de plus de 150 hôtels et restaurants à travers le monde (
La Coupole à Paris,
Le Cirque à Mexico City,
l'Excelsior à Boston...). Ennemi des "concepts globaux" et des chaînes déclinant éternellement les mêmes formules, l'architecte confère à chacune de ses créations une personnalité unique. L'
Aleph, qui a remporté en 2004 le prix de la meilleure architecture intérieure d'hôtel en Europe, en est l'une des meilleures illustrations. Ses espaces, inspirés de la Divine comédie de
Dante, revisitent les trois règnes de l'au-delà. "Quelle meilleure approche pour la Ville éternelle que la confrontation millénaire entre l'enfer et le paradis", explique le créateur dans son livre
Tihany style*. Le résultat est à la mesure du défi : éclectique et provocant.
Les cercles infernaux de Dante
Ancien siège d'une banque historique, l'édifice est massif et austère. La cage de cristal laquée de rouge qui scande l'entrée donne le ton. Au-delà commence l'étonnante découverte d'un univers mariant sans complexes le kitsch le plus débridé - fauteuils zébrés, cadres d'inspiration rococo... - aux lignes les plus épurées. D'un rouge luciférien, les espaces du rez-de-chaussée symbolisent les cercles infernaux de
Dante, entendus ici comme une invitation à la tentation. Car comme le rappelle l'inscription sur le parquet de l'hôtel, "en enfer, tout est paradis". On paresse volontiers dans les canapés de cuir capitonnés ou les fauteuils de satin grenat de la
Red Library.
Le restaurant, un appel à la gourmandise
Judicieusement dénommé
Sin ("péché"), le restaurant est un appel à la gourmandise. Du mobilier laqué aux vases en verre de
Murano, en passant par le menu ton sur ton, qui propose exclusivement des vins et des mets écarlates, les convives voient la vie en rouge. Risotto à la pescatora (aux fruits de mer), spaghetti ciro (aux crustacés), ou homard à la vapeur sont quelques-unes des spécialités du chef. Les amateurs de grands crus trouveront également leur bonheur au bar à vin
Dionysos ou au bar de
l'Ange, unique touche d'un blanc immaculé dans cet environnement cramoisi.
Déclinaison tout en sobriété
À l'opposé de l'excentricité de ce premier niveau, les 96 chambres sont un havre de paix et de simplicité. Un reposant purgatoire après tant de sollicitations infernales. "Il s'agit du classique conflit entre l'ombre et la lumière, le chaud et le froid, le rouge et le bleu", confie
Tihany. Le designer a en effet privilégié les couleurs claires et adopté un design minimaliste puisant ses sources dans le style italien des années trente. Une déclinaison tout en sobriété à laquelle s'allient à merveille les photographies en noir et blanc de
Bram Tihany (le fils de l'architecte), images de la Ville éternelle qui se déploient sur les murs des chambres.
Un paradis au sous-sol
Surplombant les quatre étages de l'édifice, la terrasse (rebaptisée "7e ciel") abrite un restaurant et un bar en plein air. Mais contre toute attente, c'est au sous-sol que se niche le vrai paradis. Nimbé de blanc, l'ancien caveau de la banque accueille en effet le centre de bien-être de l'hôtel. "J'aime insuffler de l'humour et de la provocation dans mes projets. On imagine toujours l'enfer en bas et le paradis en haut, mais personne n'est jamais revenu de l'au-delà pour confirmer cette disposition, alors pourquoi ne pas en changer ?", s'amuse l'architecte. Unique vestige de la précédente structure, l'imposante porte blindée ne donne plus accès au coffre-fort, mais à une salle entièrement dédiée à la relaxation. On pourra se délasser dans ses chaises longues molletonnées après un détour par le hammam, ou quelques brasses dans la piscine d'eau thermale.
Eva Bensard
Cet article est paru dans
Demeures & Châteaux n°156